Aux États-Unis, l’IA des hôpitaux a gonflé les factures de 942 millions de dollars
Selon les assureurs santé Blue Cross Blue Shield, les logiciels d’IA qui préparent la facturation des hôpitaux décrivent les patients comme plus malades qu’avant. Résultat : des remboursements plus élevés, sans que les soins aient changé.

Aux États-Unis, un hôpital est payé selon la gravité déclarée de chaque séjour. Plus le dossier mentionne de maladies secondaires, plus le séjour entre dans une catégorie chère. Or les hôpitaux confient de plus en plus à l’IA la rédaction des comptes rendus et le choix des codes de facturation (les références qui fixent le prix d’un séjour). L’association Blue Cross Blue Shield, qui regroupe des assureurs santé, a comparé les dossiers qu’elle a reçus depuis 2023.
Sa conclusion, publiée cette semaine : la part des hospitalisations classées « médicalement complexes » est passée de 37 % début 2023 à 40 % fin 2025. Cela représente 942 millions de dollars de dépenses en plus sur deux ans, soit près de 12 000 dollars de plus en moyenne par séjour concerné, sans aucun signe que les patients aient reçu des soins différents.
Les assureurs déploient maintenant leurs propres IA pour contester ces dossiers, et chaque camp automatise sa part de la négociation. Un responsable de Blue Cross parle d’un « bain de sang à sens unique ». Le fondateur d’Abridge, qui vend l’un de ces outils aux hôpitaux, reconnaît lui-même le risque d’un avenir où des machines se battent entre elles. Le schéma vaut bien au-delà de la santé : dès qu’une IA remplit un document qui déclenche un paiement (devis, sinistre, note de frais), celui qui paie finit par installer une IA pour vérifier.