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Bon jeudi à tous.
Nvidia, le fabricant des puces qui font tourner l’IA, entre au capital de 4 entreprises françaises, dont Doctolib. Aux États-Unis, la chaîne de supermarchés Kroger supprime 3 000 postes dans ses bureaux et cite l’IA parmi les raisons. Et une petite équipe a piraté Chrome en 6 jours avec une IA que n’importe qui peut louer. En fin d’édition, nous décryptons la consigne système, le texte invisible qui dicte à votre chatbot comment se comporter.
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Au sommaire
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Nvidia entre au capital de Doctolib et de 3 autres entreprises françaises
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Le géant américain des supermarchés Kroger supprime 3 000 postes de bureau et cite l’IA
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Avec une IA accessible à tous, une petite équipe a piraté Chrome en 6 jours
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Google ouvre son IA la plus puissante aux abonnés, et son prix doublera le 1er décembre
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Dans les PME européennes, l’usage des agents d’OpenAI a été multiplié par 8 depuis mai
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01
Nvidia entre au capital de Doctolib et de 3 autres entreprises françaises
Le fabricant américain des puces qui font tourner l’IA a annoncé mardi à Paris des prises de participation dans 4 sociétés françaises, de la prise de rendez-vous médicaux à la robotique. Les montants n’ont pas été dévoilés.
Les 4 entreprises couvrent des métiers très différents. Doctolib, que des millions de Français utilisent pour réserver un médecin. Pigment, un logiciel qui aide les entreprises à bâtir leurs budgets et leurs prévisions. Genesis AI, qui développe des robots. Et Entalpic, qui se sert de l’IA pour inventer de nouveaux matériaux et procédés chimiques. Dans chacune, Nvidia prend une participation minoritaire (une part du capital, sans en prendre le contrôle).
Chez Doctolib, l’argent doit financer des recrutements et le développement de ses propres modèles d’IA, qui tourneront sur des puces Nvidia. Le groupe américain affirme avoir désormais investi près de 9 milliards d’euros dans les entreprises technologiques européennes. En parallèle, le français Bull assemblera à Angers, à partir de 2028, des supercalculateurs (des ordinateurs géants dédiés à l’IA) construits autour des puces Nvidia.
Le calcul de Nvidia est simple : en entrant au capital de logiciels que des milliers d’entreprises utilisent déjà, il s’assure que l’IA de demain sera fabriquée sur ses puces. Pour les entrepreneurs français, c’est aussi un signal : les outils du quotidien vont embarquer de plus en plus d’IA, et leurs éditeurs ont désormais les moyens d’aller vite.
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02
Le géant américain des supermarchés Kroger supprime 3 000 postes de bureau et cite l’IA
Kroger, qui compte plus de 2 700 magasins aux États-Unis, va supprimer 3 000 emplois dans ses services centraux en 3 ans. Son patron cite noir sur blanc l’intelligence artificielle parmi les raisons.
L’annonce vient d’une note interne envoyée lundi par Greg Foran, le directeur général arrivé en février. Il y explique que « la technologie redessine ce qui est possible » et qu’il faut « réduire le travail fait en double ». Les postes supprimés ne seront pas remplacés. Les employés des magasins ne sont pas concernés : ce sont les fonctions du siège qui sont visées.
Kroger emploie au total 409 000 personnes. Le groupe avait présenté en septembre sa stratégie d’IA, avec un objectif affiché : simplifier le travail des équipes et améliorer les résultats. Les économies doivent servir à baisser les prix en rayon et à renforcer les équipes en magasin. En Bourse, l’action a reculé de 1,6 % le jour de l’annonce.
Ce n’est pas une entreprise de la tech qui parle, mais un épicier. Et le schéma devient familier : l’IA n’arrive pas d’abord à la caisse ou dans l’entrepôt, mais dans les bureaux, là où l’on rédige, compile, vérifie et recopie. Comptabilité, achats, tableaux de suivi, service client : ce sont ces tâches que les grandes entreprises réorganisent en premier.
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03
Avec une IA accessible à tous, une petite équipe a piraté Chrome en 6 jours
La société de cybersécurité XBOW a trouvé 3 failles inconnues dans le navigateur de Google et les a combinées pour prendre la main sur un ordinateur Windows. Il a suffi d’environ 40 000 dollars de calcul et d’un modèle public d’OpenAI.
Le scénario est celui que redoutent tous les responsables informatiques : il suffisait d’ouvrir une page web, sans cliquer ni télécharger quoi que ce soit, pour qu’un pirate puisse faire tourner son propre programme sur l’ordinateur. Pour y arriver, XBOW a enchaîné 3 failles (des erreurs dans le code qui ouvrent une porte) situées dans 3 parties différentes de Chrome.
Le travail a été mené du 2 au 7 août par des agents IA (des IA qui enchaînent seules les étapes d’une tâche) qui utilisaient GPT-5.6 Sol, un modèle d’OpenAI que n’importe quelle entreprise peut louer. Un seul chercheur choisissait les cibles et vérifiait les résultats ; l’IA lisait le code, testait des pistes et écrivait l’attaque. Avant l’IA, selon l’entreprise, une équipe de 4 personnes mettait 6 à 9 mois pour obtenir le même résultat.
Google a confirmé et corrigé les 3 failles, puis versé à XBOW sa récompense maximale : 250 000 dollars. Aucun utilisateur n’a été attaqué. Mais le message est clair : une attaque de ce niveau, réservée hier à quelques équipes d’élite, coûte désormais le prix d’une voiture et une semaine de travail.
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La meilleure défense reste la plus banale : la mise à jour. Les correctifs sont sortis fin août et début septembre, mais un ordinateur où Chrome n’a pas été relancé depuis des semaines reste exposé. Dans une petite équipe, personne n’en est chargé, donc personne ne le fait. Désignez une personne responsable, et activez les mises à jour automatiques sur tous les postes, y compris les ordinateurs personnels qui servent au travail.
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Auguste Freton
Rédacteur KLEAA
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04
Google ouvre son IA la plus puissante aux abonnés, et son prix doublera le 1er décembre
Gemini 4 Argon, le modèle le plus avancé de Google, est disponible depuis mardi pour les abonnés payants de Gemini et pour les entreprises qui le branchent sur leurs logiciels. Son tarif de lancement s’arrête le 30 novembre.
Jusqu’ici, Gemini 4 Argon était réservé à une poignée de spécialistes de la cybersécurité. Il est désormais accessible dans l’application Gemini et dans le mode IA de la recherche Google, pour les abonnés Pro (environ 20 dollars par mois) et Ultra. Les utilisateurs gratuits n’y ont pas accès. Google le présente comme son meilleur modèle pour les travaux longs et complexes : programmation, finance, droit, science.
Pour les entreprises qui l’utilisent via l’API (la prise qui permet de brancher une IA dans un logiciel), le prix de lancement est de 2 dollars par million de jetons envoyés et de 10 dollars par million de jetons produits (un jeton correspond à un morceau de mot). Le 1er décembre, ces tarifs passent à 4 et 20 dollars : le double. Le modèle peut aussi traiter environ 1 million de jetons en une seule fois, l’équivalent de plusieurs livres.
Ce prix d’appel devient une pratique courante : attirer les développeurs pendant quelques semaines, puis remonter le tarif une fois les outils construits. Une agence ou un éditeur de logiciel qui chiffre aujourd’hui un projet sur la base du prix actuel verra sa facture doubler en décembre, sans avoir rien changé.
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05
Dans les PME européennes, l’usage des agents d’OpenAI a été multiplié par 8 depuis mai
OpenAI publie ses propres chiffres sur l’Europe : les outils qui accomplissent des tâches entières, et pas seulement des réponses, décollent dans les petites entreprises. Mais les entreprises européennes les plus avancées restent loin derrière leurs concurrentes étrangères.
Le rapport, publié mercredi, porte sur 2 outils : Codex, qui écrit du code, et ChatGPT Work, qui mène des tâches de bureau de bout en bout. Dans les entreprises de l’Union européenne qui comptent 200 utilisateurs ou moins, le nombre de personnes qui s’en servent chaque semaine a été multiplié par plus de 8 depuis mai, et la hausse touche tous les pays membres.
Chez les clients européens étudiés, ces 2 outils produisent déjà plus de la moitié de tout le texte et de tout le code générés par les IA d’OpenAI. Les écarts entre pays sont énormes : 22 % en Slovénie, 85 % en Lituanie. Le rapport ne donne pas de chiffre pour la France. Autre constat : les entreprises européennes les plus avancées produisent 4 fois plus avec l’IA, par utilisateur, que la moyenne européenne, mais 2 fois moins que les plus avancées hors d’Europe.
Ces chiffres viennent d’OpenAI, qui a tout intérêt à montrer que ses outils se vendent, et ils mesurent un usage, pas des gains réels. Ils dessinent tout de même une tendance nette : en quelques mois, l’IA est passée de l’assistant à qui l’on pose des questions à l’outil à qui l’on confie un travail entier.
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Le Décryptage
Consigne système (System prompt)
Aussi dit prompt système · instructions personnalisées
La consigne système, c’est le texte d’instructions qu’on donne à une IA avant toute conversation. Il fixe son rôle, son ton et ses limites pour toutes les réponses qui suivront.
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En une image
Pensez à la fiche de poste qu’on remet à un nouvel employé d’accueil avant l’ouverture : qui il représente, comment il parle aux clients, ce qu’il ne doit jamais promettre. Les clients ne voient jamais la fiche. Ils voient seulement le résultat : un accueil cohérent, toute la journée.
Consigne système (cachée) → [IA] ← votre question → réponse cadrée
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Analogie (pour un enfant de 12 ans)
Avant un match, l’entraîneur dit à l’équipe : « On reste en défense, et personne ne s’énerve contre l’arbitre. » Pendant le match, il ne répète pas ces règles à chaque ballon, mais tous les joueurs les gardent en tête jusqu’au coup de sifflet final.
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Pourquoi ça compte : c’est le réglage le plus puissant et le moins cher dont vous disposez. Quand vous créez un GPT personnalisé, un assistant dans Claude ou un chatbot sur votre site, la case « instructions » est une consigne système. Bien rédigée, elle évite de répéter les mêmes précisions à chaque question, garantit un ton fidèle à votre marque et interdit à l’IA de s’aventurer là où elle pourrait vous engager, comme un prix ou un délai. Quand un prestataire vous livre un chatbot, demandez à lire sa consigne système : une bonne partie de la qualité se joue là.
Exemple en entreprise : une agence de location de vélos électriques à Annecy installe un assistant sur son site. Sa consigne système tient en 10 lignes : « Tu es l’assistant de l’agence. Tu vouvoies. Tu réponds en 3 phrases maximum. Tu ne donnes jamais de prix sans renvoyer vers la page Tarifs. Si un client parle d’un accident, tu donnes le numéro de l’agence et tu t’arrêtes là. » Sans changer d’outil ni payer de développement, l’assistant cesse d’inventer des remises et oriente les urgences vers un humain.
À retenir : la requête, c’est ce que vous demandez à l’IA ; la consigne système, c’est qui elle doit être avant même que vous preniez la parole.
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À ne pas confondre
Requête (prompt) : la question ou la demande que vous tapez à chaque message. Elle change à chaque échange ; la consigne système, elle, reste en place pendant toute la conversation.
Réglage fin (fine-tuning) : on réentraîne le modèle sur des centaines d’exemples pour modifier durablement sa façon de répondre. C’est long et payant. La consigne système ne touche pas au modèle : c’est un simple texte qu’on modifie en 2 minutes.
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